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Une dentelle d’Argent qui porte la mémoire


J’ai toujours été sensible à la dentelle.
Adolescente, j’en cousais sur mes jupes bon marché que je me faisais une joie de porter par-dessus mes pantalons, mais oublions cette phase mode un peu douteuse.lat.

Si j’en ai utilisé, ce n’est pas un hasard. Depuis longtemps, il y avait en moi ce désir d’en imprimer la mémoire, de conserver les traces d’un savoir-faire fragile qu’il faut préserver.

Et pourtant, j’ai douté.
Je me suis demandée si ne pas créer d’empreintes végétales pour cette nouvelle collection n’était pas une forme de trahison. Comme si je me détournais de ce qui constitue le cœur de mon travail, de ce qui m’a toujours guidée.

En ce moment, tout me ramène à la dentelle, à l’art textile.
Il y a un écho évident entre mes empreintes de plantes et celles d’une vieille dentelle chinée, gardée précieusement au fond d’un tiroir.
Dans les deux cas, il s’agit de capturer une trace.

J’ai lu, j’ai visité des expositions, je me suis nourrie de cette histoire de mode. Et une évidence s’est imposée : depuis le début, je crée des bijoux qui portent une mémoire.

Il y a celle de la nature, qui me guide et m’inspirera toujours. C’est un besoin vital.
Et aujourd’hui, il y a aussi celle des femmes.

Car la dentelle raconte autre chose qui m’habite depuis toujours :
la place des femmes. Leur valeur souvent invisible.

Longtemps, ce savoir-faire n’était pas célébré. Les femmes travaillaient chez elles en complément du travail des champs et du foyer. Les dentellières restaient anonymes. On ne parlait pas d’art, encore moins d’« intelligence de la main ».

Et pourtant, leurs ouvrages paraient les nobles et devenaient des œuvres d’une finesse exceptionnelle.

Je reviens toujours à ce besoin de conserver la trace de l’éphémère.

Je ne sais pas encore ce que cette recherche autour de la dentelle deviendra.
Peut-être une collection.
Peut-être seulement une étape nécessaire dans mon chemin de création.
Pour l’instant, j’explore. J’essaie. Je regarde.

Entre le squelette d’une fleur d’hortensia qui résiste à l’hiver, comme pour murmurer « j’existe encore », et une dentelle confectionnée par nos arrière-grands-mères au coin du feu, il y a la même dualité : fragilité et force entremêlées.

Et je crois sincèrement qu’en portant ces traces contre vous,
vous portez aussi une mémoire.
Une histoire de résilience.
Une force discrète.
Peut-être la vôtre.

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